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La crise économique, une chance pour la durabilité

Ce qui semble à première vue paradoxal, se révèle après réflexion comme un scénario probable. La crise économique et financière n’interrompra pas brutalement la tendance au développement durable, au contraire, elle la renforcera. Il s’agit seulement de bien préparer le terrain.

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Un début est inhérent à toute fin; la crise économique actuelle ne constitue pas seulement la fin d’une période économique néolibérale, mais représente également un événement décisif et le début d’une aire nouvelle. Reste à savoir quelles méga tendances (megatrends) vont marquer la période à venir. Nombreux sont les paramètres qui ne changeront probablement pas. Les possibilités de la société de l’information marqueront toujours la transformation de notre quotidien; de même, les découvertes de la recherche médicale sur le cerveau, la génétique et la nanotechnologie nous apporteront encore de surprenantes innovations. La crise climatique et la crise énergétique nous obligent toutefois à nous diriger vers les principes de la durabilité. L’idée qui voudrait que la crise économique mette aussi un terme à tous les efforts de durabilité n’a pas de prise et passe à côté du véritable problème.

Le concept de durabilité

Quand parle-t-on de durabilité?

«La grandeur de l’art réside dans la manière de conserver et de cultiver le bois pour une exploitation continue, permanente et durable, parce que c’est une chose indispensable, sans laquelle un pays ne peut perdurer dans son essence.» (Hans Carl von Carlowitz, forestier allemand, 1713)

Le concept de durabilité n’est pas nouveau; Carlowitz l’a introduit il y a  300 ans déjà. Cela ne doit pas nous surprendre, le développement durable n’étant rien d’autre que la capacité de se conformer aux principes économiques de manière conséquente et permanente.

Ce qui était valable pour l’exploitation forestière allemande au 18e siècle, l’est aussi aujourd’hui. Ainsi, il y a 20 ans, l’ONU en a tiré une définition, valable aujourd’hui encore.

«La durabilité est un développement qui répond aux besoins des générations présentes, sans pour autant compromettre la possibilité des générations futures de satisfaire leurs propres besoins et de choisir leur style de vie.»

De nos jours, la durabilité est illustrée par le modèle à 3 piliers, qui souligne qu’il faut réaliser de manière simultanée et équitable les objectifs écologiques, sociaux et économiques. En effet, négliger un des piliers reviendrait à remettre en question la stabilité du développement.

Piliers du développement durable

La durabilité dans notre entreprise

Depuis quelques années, au sein de la Losinger/Marazzi, tout comme au sein d’autres entreprises, nous nous sommes concentrés sur le concept et les questions du développement durable et nous sommes efforcés de prendre des positions conséquentes. En 2006, nous nous sommes penchés sur des sujets concrets ayant trait au développement durable. À nos yeux, et dans l’esprit du modèle à 3 piliers, la durabilité ne signifie pas seulement «construire écologiquement».

Notre programme de développement durable s’appelle «Actitudes», jeu de mots mariant les termes «action“ et «attitude». Notre principe est donc: «adopter une nouvelle attitude fondamentale au moyen de mesures concrètes.» Cette devise illustre clairement l’approche souhaitée par Losinger dans le domaine du développement durable: une nouvelle manière d’exercer notre métier, une modification profonde de notre comportement pour concilier de plus en plus les performances économiques avec les défis sociaux et écologiques actuels et futurs. Nous avons donc globalement amélioré la sécurité sur nos chantiers, tenté d’optimiser les conditions de travail de notre personnel, développé constamment notre offre de formation continue, collaboré davantage sur des bases partenariales avec les sous-traitants. Ce programme est appliqué par tout le groupe et sera, en principe, poursuivi même pendant la crise. Mais voilà: y arriverons-nous? A quoi ressemblera notre milieu?

Nouveaux défis pour l’industrie du bâtiment

Les menaces de la crise climatique et énergétique offrent à l’industrie du bâtiment des chances supplémentaires sur le marché, donc un potentiel considérable pour surmonter la récession prévisible dans le domaine des nouvelles constructions. Si nous voulons ne serait-ce qu’approcher nos buts climatiques, nous devons réduire de 50-70% l’utilisation d’énergie  en Suisse au cours des prochaines années. Il est évident que le quota actuel d’env. 1% des assainissements énergétiques des bâtiments par année est de loin insuffisant. Le défi de la politique est d’engager toutes les mesures nécessaires. 

Le lotissement solaire «am Schlierberg» à Freiburg in Breisgau de l’architecte Rolf Disch (2005). Les maisons de ce lotissement produisent en moyenne plus d’énergie qu’elles n’en consomment. Dans quelques années, cette manière de construire correspondra à la norme générale. Ces lotissements nous montrent le chemin à suivre. (Photo: www.solarsiedlung.de)

Le premier pas important consistant à introduire l’affection partielle de la taxe sur le CO2 alloué à la rénovation énergétique des bâtiments représente un succès. Cette décision a été prise à une majorité des deux tiers au Conseil national en mars 2009. Reste à espérer que la majorité du Conseil des États soit aussi de cet avis. Promouvoir les énergies renouvelables en octroyant des montants d’investissement et des indemnités constitue un autre élément de cette stratégie. Notons finalement, les allégements fiscaux pour les assainissements des bâtiments. Avec de telles mesures, il sera possible de lancer une rénovation énergétique profonde du parc des bâtiments en Suisse. Toutefois, ces mesures seront également responsables du revirement en direction de la durabilité de notre utilisation de l’énergie dans les programmes d’investissement en cours en Suisse – mot-clé : société-2000-Watt –. Finalement, elles contribueront à influencer et à soutenir l’industrie du bâtiment dans ses efforts de durabilité.

Les entreprises de construction ont donc intérêt à se préoccuper de ces nouveaux défis et de ces nouvelles opportunités. Dès lors, la crise financière ne sonne pas le glas du développement durable, mais représente, au contraire, une chance pour la durabilité.