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Du forgeron villageois au professionnel d’outils

L’équipe qui dirige depuis 2003 le sort des PB Swiss Tools à Wasen dans l’Emmental est un «Winning-Team»: Eva Jaisli, CEO, apporte ses compétences en développement de l’organisation, alors que son mari, Max Baumann, CTO, qui représente la quatrième génération, apporte son savoir-faire en tant qu’ingénieur machines.

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L’entreprise, qui occupe 160 personnes, est le seul fabricant d’outils au monde à développer, produire et emballer sur le même site les quelque 2400 articles de son riche assortiment. Plus de 9 millions de pièces sont fabriquées chaque année à Wasen et à Sumiswald, desquelles 66% sont distribuées dans le monde entier, principalement en Europe, en Asie et aux USA.

Du burin et du pointeau, en passant par la clé mâle coudée, jusqu’à l’outil hors série en acier spécial, les PB Swiss Tools incarnent de nos jours la qualité suisse. Comment une entreprise de l’Emmental, attachée à ses racines, a-t-elle réussi à s’imposer au niveau international?
L’attache aux racines des PB Swiss Tools remonte à 1878. C’était une forge située à la Dorfstrasse, une forge qui fabriquait des anneaux en laiton pour les bœufs et toutes sortes d’outils pour les champs et les écuries. Le premier tournevis date de 1940. Mon beau-père en était la cheville ouvrière. Il a fait venir de la littérature spécialisée des USA – précurseurs de la branche à l’époque – et  a misé sur les nouvelles technologies en achetant, par exemple, une installation de coulée. Du jamais vu ! Avec ce processus de moulage par injection, le culot est arraché au démoulage, supprimant ainsi les retouches mécaniques nécessaires auparavant. La production en devenait plus rapide et moins chère. Il n’a pas déposé de brevets pour les nouveautés technologiques, mais a participé activement au travail de l’Organe parisien sur les normes. C’est ainsi que la marche triomphale de nos tournevis autour du monde a commencé. Sans connaître le terme actuel de ‚durabilité‘, il souhaitait produire en laissant l’environnement intact pour les futures générations, utilisait des pompes à chaleur et des circuits fermés.

Eva Jaisli, CEO de l’entreprise PB Swiss Tools et membre du conseil de la Haute école spécialisée bernoise HESB (Photo: PB Swiss Tools)

Vous êtes fiers de fabriquer tous vos produits sur le site de l’entreprise, et vous misez sur la qualité et la durabilité. La production dans un pays à salaires élevés n’entrave-t-elle pas les chances de distribution à l’étranger, et ce surtout par rapport à de nouveaux pays en plein essor économique comme la Chine?
Dès les débuts, notre leitmotiv a été la qualité maximale. Nous ne visons pas à la diversification, mais voulons être présents sur des marchés clairement définis à travers des commerces renommés. Là où c’est possible, les robots sont utilisés pour une production bon marché. Toutefois, le travail manuel reste prépondérant. Les pointeaux en sont un exemple. Ils sont généralement en acier pour outils et servent à travailler des matériaux de moins de 40 degrés HRC. Si les matériaux sont plus durs, nous devons munir nos pointeaux de pointes métalliques dures, ce qui n’est possible qu’à la main.

En plus de la qualité, notre atout est de nous adapter aux attentes des clients des marchés internationaux. Ce qui comprend aussi le design et l’emballage. Nous avons constaté qu’au Japon, nous n’arriverions à rien avec des tournevis à manche orange. Les Asiatiques préfèrent le blanc, couleur de la pureté.

Que représente l’innovation pour vous en tant que producteur d’outils de valeur?
Chaque année nous investissons un quart de notre chiffre d’affaires dans l’innovation. Sans cela, nous ne serions plus dans la course.

D’où viennent les traits de génie innovants?
De nos contacts avec les HES, ETHZ et EPFL, mais aussi d’institutions de recherche à l’étranger. Le High-tech est un facteur concurrentiel. Prenons les PrecisionBits®. Ils doivent être très solides et en même temps extrêmement durs et précis. Cependant, les revêtements usuels en métal dur et diamant sont vite usés et perdent de leur fonctionnalité. Grâce aux inputs de la recherche, nous avons développé un nano revêtement de couleur en tant qu’antirouille raffiné.

Nos clients nous suggèrent souvent des innovations. Mais nos collaborateurs nous soumettent également de précieuses propositions pour rationnaliser ou optimiser les processus de fabrication.

Un important avantage concurrentiel réside dans le design d’un produit. Nous avons donc organisé un concours avec l’IF International Forum Design Deutschland et avons contacté plus de 2000 universités dans le monde entier pour des propositions de design. L’énorme investissement s’est avéré payant ; nous avons reçu un feed-back incroyablement créatif, dont nous utilisons petit à petit les idées les plus intéressantes.

L’Emmental, qui est selon nous une partie du pays digne d’être protégée, représente toutefois aussi le monde de l’Emmentaler AOC, des fabricants d’accordéons schwyzois et de cors des Alpes. Comment parvenez-vous à attirer les meilleurs spécialistes dans une entreprise High-tech?
Cela n’a jamais posé de problèmes. Il y a suffisamment de spécialistes hautement qualifiés qui aiment travailler à la campagne et qui apprécient une ambiance de travail familière. Chez PB Swiss Tools, nous nous sentons en «famille» ; preuve en a été notre jubilé des 130 ans, en 2008. Nos collaborateurs/trices nous ont préparé une surprise, à mon mari et à moi: une photo de groupe sur laquelle ils étaient vêtus en rouge et blanc et représentaient le logo de l’entreprise.

En Suisse, les femmes restent rares dans les professions techniques et d’ingénierie. Même les cadres sont principalement des hommes. En tant que CEO, montrez-vous l’exemple et augmentez-vous la proportion de femmes dans votre entreprise?
Chez nous, il existe entre les collaborateurs/trices une répartition représentative des tâches. J’accorde une attention toute particulière aux conditions générales, qui ne doivent pas seulement permettre à la femme, mais aussi à l’homme, de réduire son temps de travail à la naissance du premier enfant pour s’occuper plus de sa famille.

Souvent les femmes ont peur des responsabilités, car elles craignent de ne pas pouvoir concilier profession et famille. Quelle est votre recette en tant de mère de quatre enfants?
Je n’en ai pas; l’évolution de ma carrière et la fondation de ma famille se sont faites tout naturellement. Il est sûr qu’il faut impliquer les enfants, pour qu’ils apprennent vite à donner un coup de main à la maison. De temps en temps, il faut aussi les prendre dans l’entreprise. Le plus important que nous puissions leur transmettre, c’est la motivation et le plaisir à exercer une activité intéressante.