«Améliorer le quotidien des patient-e-s»

24. Février 2020
Février 2020
CYBATHLON 2020 reporté en raison du coronavirus Compte tenu de la situation actuelle, le CYBATHLON a été reporté des 2/3 mai 2020 aux 19/20 septembre 2020.

Dr Kenneth J. Hunt, responsable de l’Institut de réhabilitation et technologie de la performance à la BFH, participera au mois de septembre au prestigieux Cybathlon de l’EPFZ avec son équipe. Avec des domaines de recherche tels que l’électrostimulation fonctionnelle (Functional Electrical Stimulation, FES) des muscles paralysés ou l’entrainement sur tapis de course assisté par feedback, il se préoccupe avant tout d’améliorer le quotidien des patient-e-s.

Monsieur Hunt, en 2016, votre équipe a remporté la médaille de bronze avec le trike – vélo couché – FES lors de la course du Cybathlon de l’EPF. Vous visez l’or cette année?

En 2016, nous avons participé à la course sans grandes attentes et, à notre grande surprise, nous avons remporté la médaille de bronze. En fait, seule l’équipe de Cleveland était plus rapide à l’époque, mais chez leur coureur, les électrodes et le stimulateur des muscles paralysés étaient implantés et pas seulement appliqués sur la peau, ce qui est bien sûr beaucoup plus efficace.

Qu’avez-vous amélioré depuis?

Concernant le processus de stimulation, nous avons divisé les électrodes en éléments plus petits, qui peuvent ainsi être contrôlés à une fréquence plus basse. Cela augmente théoriquement les performances et permet aux muscles de se fatiguer moins vite. Mais pour notre pilote Julien Jouffroy, cet effet n’est pas très important. Les muscles paralysés réagissent de manière très individuelle à la stimulation électrique. Cela dépend par exemple du temps écoulé depuis le début de la paralysie de la personne concernée.

Quelle amélioration vous donne le plus d’espoir?

Le pilote est en fait le facteur de réussite le plus important. Il doit doser la stimulation des muscles de manière à ce qu’ils ne se fatiguent pas trop vite. Pour le dernier Cybathlon en 2016, Julien Jouffroy n’a commencé à s’entrainer qu’environ six mois à l’avance. Depuis, il s’entraine en permanence, mais pas obligatoirement sur le tricycle: il dispose à la maison d’une installation fixe pour stimuler ses muscles. Nos espoirs reposent principalement sur cet entrainement.

Selon vous, quelle est l’importance du Cybathlon?

Il s’agit d’une vitrine très importante pour la BFH: cette course permet de présenter tous les progrès réalisés grâce à notre recherche. Nos attentes concernant le classement lors de l’évènement du mois de mai prochain sont également plus élevées que la dernière fois. Pour moi personnellement, ce sera aussi l’occasion d’avoir de nombreux échanges intéressants sur nos diverses expériences. Je fais des recherches dans le domaine de la réhabilitation assistée par la technologie depuis environ 25 ans. Des équipes de pays en voie de développement ont également participé au Cybathlon de 2016. À cette époque déjà, j’ai été très heureux de partager notre savoir.

Quel est le plus grand potentiel du vélo FES au quotidien?

La technologie FES aide les personnes paralysées à améliorer divers aspects de leur santé. Par exemple, l’entrainement renforce leur système cardiovasculaire, c’est-à-dire leur forme physique. En fortifiant leurs muscles, elles se créent également une sorte de coussin qui permet d’éviter les points de pression sur la peau. L’amélioration de l’état de santé général contribue aussi à celle de la santé psychique.

Pour améliorer le système cardiovasculaire des victimes d’accidents vasculaires cérébraux, vous avez également fait des recherches sur une forme spéciale d’entrainement sur tapis de course robotisé.

Il ne s’agit pas seulement des patient-e-s victimes d’un accident vasculaire cérébral, mais aussi du groupe le plus important de personnes souffrant de dommages neurologiques. Cela concerne tout autant les patient-e-s atteints de sclérose en plaques ou de la maladie de Parkinson que les enfants souffrant d’une infirmité motrice cérébrale.

Sur quoi exactement ont porté vos recherches?

Nous avons principalement étudié la thérapie de marche. Elle existe depuis près de 20 ans déjà. Le corset d’un robot de réhabilitation apporte de la stabilité au patient, réduit le poids et peut aussi apporter un soutien actifau mouvement des articulations. Cela permet de s’entrainer à la marche de manière intensive. Il y a toutefois un problème: le ou la patiente patient peut se laisser entièrement porter par un tel corset. Il ou elle est alors simplement «suspendu-e» dans le dispositif, sans aucune réaction physiologique notable, par exemple sans aucune variation du rythme cardiaque ou respiratoire. La condition cardiovasculaire ne s’améliore pas de cette façon.

Comment changer cela?

Nous avons constaté que le feedback aux patient-es est utile. Un écran leur indique la performance à atteindre. Cela leur demande d’utiliser de l’énergie. Cela les motive à atteindre l’objectif fixé. L’effort se traduit alors aussi par un effet d’entrainement.

Dans quelle mesure un tel entrainement avec feedback augmente-t-il l’efficacité?

Après un accident vasculaire cérébral, il y a une récupération naturelle sans entrainement spécifique. Rien que la vie quotidienne ou d’autres mesures de rééducation permettent une amélioration de 20% de la condition physique générale des patient-e-s après environ six mois. Cela signifie que l’oxygénation de leur sang a augmenté de 20%. Lors de notre étude sur l’entrainement avec feedback, cet objectif était atteint en quatre semaines seulement. Nous avons été les premiers à combiner les deux aspects de la rééducation à la marche et de la remise en forme, qui ont un effet positif l’un sur l’autre. Notre mission consiste en permanence à améliorer le quotidien des patient-e-s.
Informations