Coopérer ou perdre

21.10.2021
Octobre 2021
  • Focus

Si l’industrie doit individualiser sa production sans perdre en automatisation, l’artisanat doit gagner en automatisation, mais sans sacrifier son individualité. Les objectifs et les outils sont les mêmes, mais la situation initiale et les paradigmes sont fondamentalement différents. C’est précisément là qu’intervient l’atelier du futur, qui repose sur la coopération.

Le monde opère un changement à 180° ! Avant, les gens se tournaient vers la Tour Eiffel pour la photographier. Le résultat était collé dans un album privé pour se souvenir du voyage. Aujourd’hui, les gens tournent le dos à la Tour Eiffel lorsqu’ils prennent une photo, la personnalisent à leur image et postent immédiatement le résultat sur Internet à la recherche de likes. La Tour Eiffel est toujours la même, mais rien n’est plus pareil.

Que signifient les évolutions de la numérisation pour l’industrie ? La quatrième révolution industrielle était proclamée il y a presque exactement dix ans – en fin de compte, rien de plus que la vision de la Smart Factory, une production autonome et unitaire de produits individualisés au cout de la production de masse. Non seulement les produits sont radicalement individualisés, mais les prix gagnent également en flexibilité afin d’exploiter la disponibilité à payer des clients.

Les entreprises industrielles font face à des dizaines de milliers de PME pour lesquelles l’individualisation des produits n’est pas un problème. Elles ont l’habitude de fabriquer des produits uniques. Cela est particulièrement vrai pour l’industrie du bois, où la production de masse est confrontée à des défis supplémentaires. Certes, il existe des solutions industrielles pour les constructions modulaires, les portes, l’aménagement des magasins, les cuisines, etc. Les produits doivent généralement s’intégrer dans un con-texte existant : remplacement de la porte d’entrée d’un bâtiment historique, extension d’un immeuble d’habitation existant, rénovation d’un magasin dans la vieille ville, aménagement de la cuisine dans une ferme. Souvent, le produit ne se suffit pas à lui-même, mais il doit être combiné avec le travail d’autres corps de métier pour former un tout.

Nouvelles solutions nécessaires

Pour l’industrie du bois, le plus grand défi n’est donc pas l’individualisation des produits et des services, mais les couts – et parfois aussi la qualité. Pour une entreprise de décoration d’intérieur qui fabrique une armoire, le simple achat des matériaux est plus couteux que l’armoire finie qui attend dans le magasin de meubles que vous l’emportiez pour la monter vous-même à la maison. De nouvelles solutions sont donc nécessaires. La transition numérique offre ici des opportunités.

Toutefois, les solutions possibles sont encore plus complexes que dans les Smart Factories. Or, le complexe et le numérique ne font pas bon ménage, même si de grands progrès ont déjà été réalisés en matière d’intelligence artificielle. Il s’agit donc de transformer des processus complexes en processus compliqués. Ces derniers pourront ensuite être numérisés ou du moins assistés numériquement. La collaboration de l’homme et de la machine jouera ici un rôle capital.

Atelier du futur

Pour des raisons structurelles, les PME ont un champ d’action individuel limité. Il est nécessaire de coopérer : les chercheurs et chercheuses, les étudiant-e-s, les fournisseurs et les exploitants de systèmes ont besoin d’une plateforme collaborative. C’est précisément ce que pro-pose l’atelier du futur. Il s’agit d’un environnement ou-vert et neutre d’apprentissage, de développement, de test et de démonstration proposé en grandeur nature par la BFH. Les partenaires issu-e-s de la recherche appliquée et de l’économie adaptent et intègrent les nouvelles technologies, les nouveaux concepts et les nouvelles méthodes. Il offre également des possibilités de visualisation et de simulation. L’atelier du futur a émergé du laboratoire de fabrication numérique et ne cesse d’évoluer grâce au traitement des cas d’utilisation et notamment via leur mise en réseau.

Dans le cadre d’un projet Innosuisse qui s’est récemment achevé, un système de messagerie qui permet à différentes applications de transmettre des messages d’état à un serveur ou d’en collecter à partir de celui-ci a, par exemple, été développé. Cela permet aux différents systèmes d’échanger des informations sur l’état issues des projets en régie, indépendamment du fabricant et sans programmation individuelle.

Un autre projet (voir l’article de Miro Bannwart « Une application pour simplifier les formes libres » dans spirit biel/bienne 2/21) poursuit le développement d’une solution flexible permettant de concevoir et de fabriquer de manière automatisée des formes libres grâce à la triangulation. La solution comprend le développement de produits, mais aussi de processus et d’outils numériques. Le marché et l’expérience d’achat du point de vue du client sont également pris en compte.

L’élaboration d’un cadre pour la coopération liée aux projets est également envisagée. Les entreprises doivent pouvoir collaborer sur des projets. Il peut s’agir de commandes ou d’achats. La formation commune d’apprenti-e-s ou l’emploi conjoint de spécialistes est également envisageable.

Les modèles de référence favorisent la communication et conduisent à une compréhension commune. Les modèles existants tels que RAMI 4.0 ou IIRA conviennent aux grandes entreprises industrielles, mais pas à une PME de 50 collaboratrices et collaborateurs. C’est pourquoi la BFH a développé un nouveau modèle. Dans une première version, des profils de compétences ont déjà été créés en collaboration avec des entreprises, des étapes de processus et des infrastructures logicielles ont été visualisées et des études sur les efforts et les économies potentielles dans la genèse des données ont été réalisées.

Les exemples décrits sont extraits des cas d’utilisation actuels de l’atelier du futur de la BFH. D’autres projets de recherche et d’apprentissage sont en cours de préparation. Afin de promouvoir la mise en pratique, une plateforme dédiée aux visiteurs est en cours de construction et un système multimédia est intégré. Ces deux éléments seront au cœur de la prochaine conférence Bois 4.0.

Avec l’atelier du futur, la BFH contribue de manière significative à créer des chaines de création de valeur compétitives à l’échelle internationale à partir des entreprises ancrées au niveau régional. Les conditions technologiques dans les entreprises sont bonnes, et le bois transformé est indigène et neutre sur le plan climatique. Cela ouvre des perspectives durables – sur le plan écologique, économique et social.

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Rolf Baumann
Coresponsable de la division Recherche et développement, services et formation continue FDW, BFH (jusqu’au 30 septembre 2021)