Des animaux sains grâce aux tanins du bois suisse

24. Février 2020
Février 2020

Les animaux de rente sont souvent traités à l’aide de substances antiparasitaires, ce qui peut engendrer des résistances à ces produits. De nouvelles approches sont nécessaires. Les scientifiques de la Haute école spécialisée bernoise BFH se proposent désormais de lutter contre les parasites à l’aide de substances actives végétales issues de bois indigène.

Les parasites gastro-intestinaux, qui se développent dans l’estomac et les intestins des animaux, posent un gros problème pour l’élevage. On les traite donc généralement à l’aide de produits antiparasitaires, mais ceux-ci entrainent des résistances. Des chercheurs et chercheuses de la Haute école spécialisée bernoise se sont donc regroupés pour mettre au point une nouvelle stratégie: il s’agit de réduire l’infestation à l’aide de substances végétales naturelles appelées «tanins», qui sont connues pour leurs effets antiparasites et antibactériens. Le but à long terme est d’utiliser des extraits de tanins tirés d’essences indigènes (biomasse forestière) pour la nutrition animale. Cela permettrait à la fois d’améliorer la santé des animaux, de diminuer l’emploi de médicaments et de réduire les couts d’élevage.

Les parasites nuisent au bienêtre animal

Les parasites gastro-intestinaux sont très répandus chez diverses espèces animales, par exemple chez les lapins, les petits ruminants, les porcelets ou les veaux. Les animaux affectés sont moins productifs (croissance, production laitière, etc.) et plus vulnérables à d’autres maladies, parce que leur système immunitaire est affaibli. Pour de nombreuses espèces, les décès sont fréquents, en particulier chez les jeunes animaux, et nuisent au rendement économique de l’élevage. La plupart du temps, les parasites sont combattus à l’aide de médicaments antiparasitaires, mais ceux-ci engendrent des résistances chez les organismes ciblés, si bien que leur efficacité disparait avec le temps. Il est donc indispensable de mettre au point des stratégies de substitution pour contrôler les infestations, de manière à garantir à long terme la santé des animaux et le succès économique de l’exploitation.
Les parasites gastro-intestinaux affaiblissent le système immunitaire des animaux. Les moutons peuvent notamment en souffrir.

La solution végétale

Il est déjà prouvé que la quantité de parasites diminue lorsqu’on nourrit les animaux avec des plantes présentant des concentrations élevées de composés phénoliques naturels (notamment des tanins et des monomères phénoliques). Le sainfoin cultivé (Onobrychis viciifolia Mill.), qui pousse naturellement dans l’espace alpin, a notamment donné d’excellents résultats (Huang et al. 2017). Jusqu’ici, on n’a jamais constaté que les parasites développaient des résistances aux substances actives contenues dans le sainfoin. Aussi appelée «esparcette», cette plante annuelle indigène se rencontre en particulier dans les prairies maigres exploitées de manière extensive, mais il est difficile d’en faire des monocultures afin d’en produire en quantité suffisante pour nourrir les animaux d’élevage.
Si l’on souhaite combattre les parasites à l’aide de plantes, le sainfoin – une espèce indigène – est particulièrement efficace. ( istock)
Une autre approche consiste à enrichir la nourriture des animaux avec des extraits de plantes contenant beaucoup de composants phénoliques. On a déjà observé que l’ajout de tanins (composants végétaux polyphénoliques) dans le fourrage des ruminants avait des effets antimicrobiens, antiparasitaires, antiinflammatoires et antiviraux.

Bois et écorces d’essences indigènes

En analysant dans le détail les composants chimiques du sainfoin, les scientifiques de la BFH ont pu démontrer qu’ils coïncidaient en bonne partie avec ceux de certains mélanges d’écorces et de bois issus d’essences d’arbres indigènes. Les composants de l’écorce de certains arbres de Suisse présentent une structure moléculaire très semblable à celle du sainfoin. Les tanins basés sur des unités de procyanidine, en particulier, concordent en grande partie. Les monomères phénoliques (par exemple la catéchine, le kaempférol ou la quercétine), qui sont responsables de l’effet bioactif des tanins, peuvent aussi être détectés dans le sainfoin et dans la biomasse forestière.
Les scientifiques voient dans cette grande ressemblance chimique une possibilité prometteuse de contourner les problèmes posés par la production du sainfoin et son utilisation comme fourrage. En effet, cultiver cette plante reste très difficile, parce qu’elle est incapable de concurrencer les mauvaises herbes. De plus, la concentration et la composition des tanins varient en fonction de la météorologie, du stade de développement de la plante et du moment de la récolte. Enfin, pour lutter efficacement contre les parasites, les animaux doivent ingérer d’assez grandes quantités de sainfoin, ce qui chez certaines espèces n’est pas vraiment compatible avec la composition requise du fourrage.
On trouve en revanche des tanins à haute concentration notamment dans les tissus du bois et de l’écorce de conifères et de feuillus. Or ces substances peuvent être isolées à l’aide de procédés d’extraction. Des essais menés avec des extraits de bois de châtaignier et de diverses essences tropicales ont déjà montré que ces tanins pouvaient mener à une réduction de l’infestation des animaux de rente par les parasites. Rajouter au fourrage des tanins issus du bois a l’avantage de simplifier le dosage et de maintenir la composition usuelle de l’alimentation.
Des tanins sont extraits des tissus du bois et de l’écorce de conifères et de feuillus.
On ne sait guère pour l’instant s’il est efficace d’ajouter au fourrage des tanins issus des principales espèces d’arbres indigènes, extraits par exemple de l’écorce de l’épicéa, du sapin, du mélèze, du pin ou du hêtre. Les examens préalables de la BFH ont toutefois montré qu’il était possible que ces extraits aient un effet antiparasitaire et renforcent le système immunitaire.
Il s’agit donc maintenant de tester des méthodes appropriées pour introduire les extraits dans les fourrages usuels et d’étudier l’influence de ces substances sur l’infestation des petits ruminants (moutons ou chèvres), dans le cadre d’essais. À long terme, le but est d’utiliser des extraits de tanins provenant de la biomasse forestière indigène afin d’accroitre la capacité de production tout en diminuant l’emploi de médicaments et les couts de l’élevage.
Informations concernant l’Institut des matériaux et de la technologie du bois IWH
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