« Situer ses propres actions dans un contexte mondial »

21.10.2021
Octobre 2021
  • Focus

L’interconnexion mondiale encourage la course aux talents et stimule l’innovation. En même temps, l’autodétermination individuelle et la fragmentation de la société augmentent. Aux yeux de Peter Staub, directeur de la BFH-AHB, cet antagonisme représente une chance et un défi pour la BFH.

Mondialisation et individualisation sont deux tendances très en vogue. Que signifient ces deux notions pour vous, à titre personnel ?

On peut affirmer sans ambages que la mondialisation a façonné ma vie. Enfant déjà, j’ai eu la chance de voyager sur différents continents avec ma famille. Ce sont probablement ces expériences qui ont forgé mon intérêt marqué pour la diversité des cultures et des pays. Le fait de vivre à l’étranger pendant plusieurs années, d’y rencontrer ma femme et de permettre à nos enfants de grandir en étant trilingues en découle probablement en toute logique. Élargir mes horizons personnels et géographiques et situer ainsi mes propres actions dans un contexte plus vaste et mondial a toujours représenté et représente encore pour moi un enrichissement considérable. Parce qu’en fin de compte – et la crise climatique aigüe le montre finalement de manière criante – nous habitons une seule et même planète. Et si les effets de notre mode de vie ne se manifestent peut-être pas immédiatement de manière flagrante et tangible ici, c’est indéniablement le cas ailleurs. Il importe d’autant plus de susciter une prise de conscience à l’égard des interdépendances mondiales afin que notre responsabilité ne se limite pas à notre bulle de prospérité.

Je conçois l’individualisation comme une conséquence de la mondialisation. C’est un moyen de se situer et de nourrir un sentiment d’appartenance au fur et à mesure que le brassage culturel augmente. Cette situation entraine à son tour une fragmentation de la société, qui entrave toujours plus la maitrise commune des grands défis. Cet antagonisme forgera notre génération et probablement aussi celle de nos enfants.

Peut-on mesurer la portée de ces tendances sur le développement de notre haute école ?

Je commencerais peut-être par la mondialisation : l’enseignement supérieur a considérablement évolué sur cette question, et ce, au plus tard depuis l’institutionnalisation et l’encouragement de la mobilité des étudiant-e-s et des enseignant-e-s (mot-clé « Erasmus »). La recherche évolue de plus en plus en réseau, à l’échelle internationale et sous une forme interdisciplinaire. Ces caractéristiques constituent même une exigence de la part des grandes institutions de financement de la recherche. Cela implique d’une part que la composition des étudiant-e-s s’internationalise de plus en plus à la BFH. Cela signifie par ailleurs que les thèmes de recherche traités à la BFH sont d’une grande pertinence pour le canton de Berne et la Suisse, tout en s’inscrivant dans un contexte international. La BFH doit avoir pour objectif d’attirer les meilleurs étudiant-e-s, chercheurs et chercheuses, puis de les garder dans la région. Car la pénurie de personnel qualifié indique clairement que nous ne pouvons pas relever seul-e-s les défis d’aujourd’hui. Or, pour parvenir à « attirer des cerveaux » (« Brain Gain »), nous devons créer les meilleures conditions. Cela passe par des programmes d’études attrayants en allemand, en français et en anglais, ainsi que par un environnement de recherche compétitif. Parce que les meilleurs étudiant-e-s, chercheurs et chercheuses sont aujourd’hui dans une situation qui leur permet de choisir leur lieu de formation et de travail.

Ce qui nous ramène aux effets de l’individualisation. À cet égard, il me semble essentiel que l’offre de formation accorde la liberté nécessaire aux étudiant-e-s de tracer leur parcours individuel en leur proposant une offre interdisciplinaire. Je suis convaincu que nous ne devrions pas définir les profils des diplômé-e-s de manière trop restreinte, mais encourager leurs réflexions et leurs actions sur le plan durable et entrepreneurial. C’est la seule façon de faire naitre des idées et des champs professionnels inédits et innovants.

 

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Prof. Peter Staub
Directeur du département Architecture, bois et génie civil, BFH