Transformation d’un immeuble résidentiel et commercial, Spitalgasse 22, Berne

Une architecture adaptée au climat, ici et maintenant !

21.10.2021
Octobre 2021
  • Focus

Maitriser les conséquences des changements climatiques constitue l’un des plus grands défis de notre temps. Or dans le monde, l’industrie de la construction est responsable de 40 % de la consommation de ressources naturelles, de 40 % des dépenses d’énergie et de 50 % de la production de déchets.[1] Ces chiffres mettent en évidence la responsabilité sociopolitique que doivent assumer les architectes, les aménagistes et les responsables d’entreprises pour concevoir des scénarios à la fois radicaux et prudents, puis les mettre en œuvre concrètement dans des projets d’architecture et d’urbanisme durables. Voici dix étapes qui peuvent mener à un habitat respectant le climat :

01 > Objectifs mondiaux : mettre en œuvre concrètement le développement durable

Une bonne partie des 17 objectifs mondiaux de développement durable réunis dans l’Agenda 2030[2] concerne très directement le domaine d’influence de la construction. Il faut donc également appliquer ici le principe « penser global, agir local ».

02 > Étudier ce qui existe : réinterpréter les principes de l’architecture vernaculaire

L’étude des bâtiments vernaculaires, que d’innombrables générations ont adaptés aux particularités du lieu et aux besoins locaux, révèle constamment des principes fascinants qui peuvent servir de sources d’inspiration pour de nouveaux projets. Des recherches menées dans les espaces alpin et himalayen[3] ont montré combien les conditions géographiques et climatiques, lorsqu’elles sont similaires, font apparaitre des habitations fondées sur des principes comparables. Bâtie en 2014[4], la nouvelle auberge de jeunesse de Gstaad-Saanenland réinterprète des éléments traditionnels de l’architecture de l’Oberland bernois – socle en pierre, construction bois, bandeaux de fenêtres verticaux, grand avant-toit protecteur. Elle leur donne ainsi une signification très actuelle, en créant un lien étroit avec le lieu concerné et avec l’utilisation des ressources naturelles et des énergies renouvelables, tout en faisant de l’avant-toit remanié un symbole d’hospitalité.

03 > Genius loci : renforcer les lieux spécifiques

Le genius loci, autrement dit le génie du lieu, fait partie intégrante tant de la construction vernaculaire que de toute approche conceptuelle respectant le climat. Il relie des aspects culturels, paysagers et climatiques. L’extension de la cabane du Club alpin suisse de Lämmeren[5] tient compte du changement climatique déjà nettement visible dans l’Arc alpin. L’autarcie rendue possible par les énergies renouvelables influence directement la typologie du bâtiment, tout comme les mesures architecturales permettant de protéger l’édifice contre des évènements naturels de plus en plus fréquents. Et ce qui est vrai à 2500 mètres d’altitude l’est aussi à 550 mètres : au numéro 22 de la Spitalgasse à Berne[6], grâce au retour à la typologie traditionnelle de la vieille ville bernoise, il a été possible de faire reverdir des cours intérieures et de créer un microclimat favorable dans les environnements résidentiel et professionnel situés à proximité, ce qui exerce un effet positif sur le climat urbain.

04 > Global – local : identifier et utiliser la diversité

Bien que la mondialisation tende à évincer les particularités locales, on redécouvre de nos jours la proximité et les liens de voisinage, et peut-être aussi la valeur de la diversité culturelle (du bâti, notamment). Les mégatendances telles que la globalisation, la numérisation, l’individualisation, le changement démographique, les migrations et le changement climatique exigent des stratégies différenciées pour le développement territorial.

05 > Pour la ville : relancer la réflexion en partant des espaces non bâtis

De nos jours, en Suisse, les villes et les villages croissent surtout vers l’intérieur, en raison des buts définis en matière d’aménagement du territoire. L’espace non bâti devient une composante déterminante de la conception et remet en cause l’approche traditionnelle axée sur le bâtiment. Les rapports entre les espaces extérieurs, intermédiaires et intérieurs prennent une importance nouvelle et offrent des marges de manœuvre intéressantes pour influencer le climat. À Zurich, les conclusions tirées des travaux de planification destinés à réduire les ilots de chaleur[7] constituent des bases d’aménagement axées sur l’avenir et proposent des approches concrètes pour l’ensemble de l’espace urbain. À Berne, la mise en place d’un cadre approprié pour les concours a créé les conditions nécessaires à un développement durable des quartiers avec des espaces non bâtis reliés entre eux et des types de bâtiments adaptés au climat – par exemple dans le secteur Viererfeld/Mittelfeld[8].

06 > Ensembles : relier les différentes échelles

Construire en tenant compte du climat requiert une approche intégrée, notamment en ce qui concerne les différentes échelles de travail. Pour créer du sens, il faut faire interagir le territoire, la ville ou le village, le site ou l’ensemble, les bâtiments, la construction, les matériaux et les éléments.

07 > Maison : gérer par cycles

On en revient peu à peu à penser et à gérer en termes de cycles, une stratégie qui a fait ses preuves pendant des siècles. On redécouvre que les « déchets » sont des ressources. Principes longtemps marginaux dans l’aménagement architectural, la réutilisation, le recyclage et la remise en valeur se muent en véritables concepts offrant un fort potentiel. Il devient tout à fait normal de réaffecter des bâtiments ou d’étendre la substance existante. Pour construire à neuf, il faut de bons arguments et des buts spécifiques tels que « less is more – less creates more » : moins de ressources (espace urbain, surface résidentielle, matériaux), moins d’impact sur le climat, moins d’énergie, pour des quartiers plus vivants, pour davantage d’économie circulaire et pour un climat urbain plus sain. La Maison Climat, au chemin du Seeland à Bienne[9], parvient à faire le grand écart entre le confort et la sobriété, entre des normes énergétiques exigeantes et des logements locatifs bon marché. Grâce à une utilisation économique de l’espace, elle parvient à concilier une densité de personnes élevée avec une bonne qualité résidentielle.

08 > Éléments : inclure l’air, la lumière, le soleil et l’ombre dans la planification

Conditions de base de la modernité, la lumière, l’air et le soleil doivent être complétés par un élément supplémentaire : l’ombre. La protection contre la chaleur estivale pose de nouveaux défis tant dans les espaces non bâtis que dans les édifices, mais elle offre aussi des potentiels d’aménagement intéressant, par exemple avec des zones actives sur le plan climatique.

09 > Matériaux : construire en respectant le climat, par exemple avec du bois

Planifier et construire en respectant le climat, voilà un thème qui fait l’objet de cours et de recherches à la BFH. En architecture, de nombreuses thèses de master se consacrent entièrement à cette thématique. Dans ce contexte, la ressource bois joue un rôle crucial pour les projets qui mettent en évidence des scénarios porteurs d’avenir. Citons deux exemples actuels centrés sur l’architecture et le bois : le développement du secteur du dépôt de trams de l’Eigerplatz à Berne[10], ainsi que le masterplan et le projet d’architecture incluant le microclimat urbain à la Badenstrasse à Zurich[11].

10 > Ici et surtout maintenant : planifier et construire en respectant le climat

Ces dix étapes le montrent : il existe de nombreuses manières efficaces et des mesures concrètes qui permettent de s’adapter au climat. Il faut les mettre en œuvre dans l’enseignement, la recherche et la pratique – ici et maintenant.

Ce texte se fonde sur l’exposé proposé par Hanspeter Bürgi le 27 mai 2021 lors de la Journée de la construction bois Bienne.

Lien vers la présentation en allemand : 

[1] OFEV, 2021, www.bafu.admin.ch

[2] Agenda 2030, 17 objectifs de développement durable, www.eda-admin.ch

[3] Hanspeter Bürgi, Sonja Huber : Klima und Komfort: ORT. HSLU, 2013, www.bsarch.ch

[4] Auberge de jeunesse de Gstaad-Saanenland, Bürgi Schärer Architekten, 2014, www.bsarch.ch

[5] Cabane CAS de Lämmeren, Bürgi Schärer Architekten, 2015, www.bsarch.ch

[6] Bâtiment résidentiel et commercial de la Spitalgasse 22, Berne, Bürgi Schärer Architekten, 2008, www.bsarch.ch

[7] Ville de Zurich, Fachplanung Hitzeminderung, www.stadt-zuerich.ch

[8] Ville de Berne, Concours Viererfeld/Mittelfeld, www.bsarch.ch

[9]  Maison Climat, Bienne, Bürgi Schärer Architekten, 2021, www.bsarch.ch

[10]  Master en Architecture BFH-AHB, mémoire de master, Sophie Frank, 2020, www.bfh.ch/fr/etudes/master/architecture/

[11[  Master en Architecture BFH-AHB, mémoire de master, Stephanie Stöckli, 2021, www.bfh.ch/fr/etudes/master/architecture/

Licence Creative Commons

Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas de Modification 4.0 International

Hanspeter Bürgi
Professeur d’architecture et de projet, responsable de la filière de master en architecture, BFH