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«Offrir à d’autres le sentiment de liberté»

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Pour Sebastian Tobler, le mouvement fait depuis toujours partie des choses essentielles de la vie. Un accident en VTT l’a rendu tétraplégique à 48 ans. L’enseignant en construction automobile à la BFH a alors développé un véhicule qui offre une plus grande liberté de mouvement aux personnes handicapées.

spirit: Monsieur Tobler, que signifient pour vous les termes santé et bien-être?
Sebastian Tobler: Ma santé a différents aspects. Il y a le domaine mental et le domaine physique et tous deux englobent beaucoup de thèmes. Un être humain peut, par exemple, être fort et musclé, mais souffrir d’un cancer. Dans mon cas, beaucoup de choses ont changé au niveau physique.

Le 31 juillet 2013, pendant un camp d’entrainement où vous étiez entraineur des espoirs, vous avez chuté lourdement en VTT et êtes depuis tétraplégique. À quoi ressemble votre nouvelle vie ?
C’est comme une renaissance avec un autre corps. J’ai dû tout réapprendre de zéro. Ma mobilité est limitée: je suis plus ou moins paralysé depuis les aisselles. Pour quelqu’un qui a besoin de bouger comme moi, c’est incroyablement difficile. J’ai aussi dû apprendre à vivre avec des douleurs quotidiennes.

Qu’est-ce qui vous manque le plus de votre ancienne vie ?
Avant j’étais souvent dans la nature. Deux semaines avant mon accident, lors d’une randonnée avec ma femme dans notre région, nous avons traversé la Sarine et poursuivi notre route sur l’autre rive. Cette liberté me manque aujourd’hui. Mais je ne me suis jamais demandé pourquoi cela m’était arrivé à moi. En tant que croyant, je me suis plutôt demandé ce que cela signifiait et quel en était le but.

Le médecin vous a recommandé d’aller au cinéma et au restaurant. Mais ce n’est pas votre truc ?
Non, je voulais retourner le plus vite possible dans la nature. Après un séjour de neuf mois au centre pour paraplégiques à Nottwil, j’ai très vite cherché un véhicule qui m’emmènerait dans la nature. Je me suis dit que je devais arrêter de pleurnicher et passer à l’étape suivante. Je veux me concentrer sur ce qui me fera avancer. C’est facile à dire, mais très difficile à vivre.

Le véhicule que vous cherchiez n’existait pas sur le marché, vous l’avez donc développé vous-même. Comment y êtes-vous parvenu ?
En 2013 déjà, sous la direction de Hans-Ulrich Feldmann, mon prédécesseur – puis mon remplaçant – à la division Technique automobile de la BFH à Bienne, un étudiant avait réalisé un travail de projet traitant de l’apparence potentielle d’un « Handbike ». Ce fut le premier travail préparatoire. Fin 2014 j’ai commencé un dessin CAD d’un tricycle complètement nouveau, et au cours de l’hiver 2014/2015 nous avons construit le premier prototype chez mon ancien employeur, la Zbinden AG à Posieux. Depuis j’ai déjà parcouru plus de 4000 kilomètres sur cet engin.

Quels sont les avantages de votre trike ?
Notre vélo à trois roues s’adapte à l’homme et non l’inverse. Les bras et les jambes bougent autant, le mouvement imitant la démarche humaine. Notre tricycle est donc aussi un bon équipement sportif. Il dispose d’un moteur électrique et convient aux paraplégiques, tétraplégiques, tout comme aux hémiplégiques. En outre, il est construit de manière à rouler sans problème sur tout terrain, ce qui était en fait mon but initial.

Malgré sa mobilité réduite, Sebastian Tobler peut atteindre des endroits qui lui étaient auparavant inaccessibles avec le trike.

Vous travaillez aussi sur une stimulation électrique des membres, appelée FES (Functional Electrical Stimulation). 
Oui, nous avons développé un prototype en étroite collaboration avec l’Institut de réhabilitation et technologie de la performance de la BFH et son responsable Kenneth Hunt.

Lukas Rohr, directeur du département Technique et informatique, déclare que l’un des buts de la BFH est de transférer le savoir de la haute école dans l’industrie et de le mettre en œuvre dans des projets qui engendrent directement un profit pour la société. Comment avez-vous vécu la collaboration avec la BFH ?
De manière très positive! Il y a eu des projets communs très différents les uns des autres et des contacts, non seulement avec Lukas Rohr, Hans-Ulrich Feldmann et Kenneth Hunt, mais aussi avec Marcel Jacomet ou Peter Brunner, qui est le responsable de la Division recherche et développement. C’était extrêmement enrichissant de rencontrer des gens qui étaient, d’emblée, enchantés à l’idée de travailler à ce projet. Cela vaut également pour l’École des Métiers de Fribourg (EMF), l' EPF Lausanne et la Zbinden AG, qui sont partenaires de notre start-up GBY (Go By Yourself). Je pense que ce type de coopération interdisciplinaire sera très important à l’avenir.

Entre-temps, vous avez emménagé votre entreprise GBY dans des locaux commerciaux à Vuisternens-en-Ogoz. Quels sont les buts de votre start-up ?
Cette année, nous aimerions fabriquer et vendre une première série de trikes. Le modèle de base avec moteur électrique coutera environ 10’000 francs. Avec des composants moins couteux, et sans moteur, nous pouvons envisager de le vendre 6000 francs. À long terme, notre but est d’afficher des chiffres noirs en cinq ans. Mais pour le moment nous recherchons encore des investisseurs.

Avec ce projet, il semble que vous ayez trouvé un nouveau but dans votre vie ?
En effet! J’ai l’intention d’utiliser tout ce qui est à ma disposition pour améliorer ma vie et atteindre un maximum d’indépendance. Depuis l’accident, je m’entraine de 15 à 25 heures par semaine dans ce but. J’aimerais que d’autres personnes qui se trouvent dans une situation similaire puissent ressentir le sentiment de liberté que procure le tricycle. Le mouvement, c’est aussi la liberté, et je suis heureux de voir à quel point notre développement rend les gens heureux. Récemment, une femme m’a dit que son époux avait irradié de joie en essayant un trike comme lors de la naissance de leur enfant 20 ans auparavant. C’est la raison pour laquelle je me concentre sur ce développement – et j’estime que ceci, tout comme la mise en réseau des personnes, c’est ce qui donne un sens à ma vie.

 

Sebastian Tobler

Sebastian Tobler travaille à 30 pour cent comme enseignant en construction de véhicules à la BFH et mentor de projets de diplôme. Il est marié, père de quatre enfants et est domicilié à Farvagny FR. En septembre 2016, il a fondé la start-up GBY (Go By Yourself) qui développe et fabrique des véhicules et appareils thérapeutiques pour personnes à mobilité réduite. 

www.gby.swiss

Sebastian Tobler collabore à une étude médicale de l’EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne) et de l’Université de Lausanne UNIL, qui vise à permettre à des patient-e-s partiellement paralysés de marcher à nouveau grâce à l’électrostimulation.

Sebastian Tobler dans une contribution consacrée à cette étude (en allemand)